« Eugénia »

de Lionel Duroy ****

20180519_115331À travers les yeux d’Eugénia, une jeune étudiante roumaine à la fin des années 30, Lionel Duroy décrit admirablement les rouages de la montée de l’antisémitisme et de la haine au sein d’une société, culminant à la description des pogromes de Jassi. Comment de simples individus deviennent des meurtriers? Comment se justifier de l’horreur ? Je découvre cet auteur et sa finesse d’écriture. Ce roman est magistral dans la subtilité de son étude psychologique des bourreaux. Cela me rappelle l’analyse de Hannah Arendt tentant d’appréhender les mécanismes d’obéissance de Eichmann… Se glisser dans la tête des tortionnaires pour mieux comprendre.

 

L’histoire roumaine durant la seconde guerre mondiale y est très bien décrite dans sa complexité, ainsi que la richesse de la scène culturelle de ces années-là, les positions politiques de grands noms tels que Mircea Eliade, Ionesco ou Petrescu. Un roman comme une alerte à la vigilance, une œuvre pour se souvenir et comprendre l’insidieuse contamination de la haine envers l’étranger quel qu’il soit. Pour moi un très grand livre !

« Arrête avec tes mensonges »

de Philippe Besson ****

Arrête avec tes mensongesC’est le sourire énigmatique de ce jeune homme qui attire le regard sur la jaquette. On découvre qu’il s’agit de lui, Thomas Andrieu, ce premier grand amour, immortalisé par l’auteur, un jour de fin d’histoire, après la découverte torride, l’impudeur, les sentiments, la recherche du prolongement, l’arrachement, le départ.

J’ai aimé Philippe Besson dès ma première lecture de; « De là on voit la mer », puis « La maison atlantique ». Dès les premières pages son écriture poinçonne le coeur par l’émotion qu’elle dégage, la finesse psychologique de ses personnages, et cette saveur douce amère que l’on goûte au bout de ses lignes. Ici, le talent de Besson est magnifié par le souvenir, le bouleversement de la disparition de celui qui a sans doute contribué à changer sa vie, le chagrin pour l’être qui ne s’accepte pas en ce qu’il est et subit plutôt qu’il ne devrait vivre, en liberté et en choix. Un roman magnifique qui résonne longtemps.